Le projet ambitieux de création d’un Institut « Océan » de l’Université des Nations Unies (UNU) en France a franchi une étape décisive le 2 avril 2025, avec l’adoption à l’unanimité par l’Assemblée nationale d’une résolution visant à approuver le projet et à garantir son financement. Cette résolution, présentée au titre de l’article 34-1 de la Constitution, invite le Gouvernement français à soutenir activement cette initiative d’importance majeure pour la recherche en sciences de la mer et du littoral, et la diplomatie scientifique nationale.
Porté depuis 2017 par l’Université de Bretagne Occidentale (UBO) en lien avec le Campus mondial de la mer sous le nom d’ « Ocean University Initiative », ce projet vise à établir en France le premier institut mondial de l’UNU dédié aux questions océaniques. L’UNU, structure académique autonome et décentralisée de l’Assemblée générale des Nations Unies et de l’UNESCO, a pour mission de développer la recherche et la formation sur les enjeux d’intérêt pour les Nations Unies. Comptant actuellement treize instituts thématiques répartis dans douze pays, l’UNU ne dispose d’aucun institut spécialisé sur l’océan et les littoraux, une thématique pourtant centrale pour de nombreuses agences et conventions des Nations Unies. De plus, la France n’accueille actuellement aucun institut de l’UNU.
La proposition de résolution a bénéficié d’un soutien transpartisan significatif au sein de l’Assemblée nationale, présentée par Pierre-Yves Cadalen, député du Finistère. Cette initiative a également reçu le soutien de Tshilidzi Marwala, recteur de l’UNU, et de Sabine Becker-Thierry, représentante de l’UNU en France. L’objectif de cet institut serait triple : développer des programmes de recherche internationaux, porter la parole scientifique dans les enceintes multilatérales, et transmettre les connaissances clés pour l’avenir de l’océan par le biais d’une offre de formation continue.
Brest, pôle d’excellence en sciences marines, est pressentie pour accueillir cet institut. L’UBO et les unités de recherche qu’elle accueille en co-tutelle avec le CNRS, l’Ifremer et l’IRD, sont reconnues internationalement en océanographie et offrent un environnement scientifique de premier plan pour le développement de cet institut. Nous pouvons également mentionner la présence du SHOM, de l’Institut polaire Paul-Émile Victor, du Cèdre, de France Énergies Marines, d’Océanopolis et des nombreux acteurs économiques participants au développement des sciences et technologies de la mer sur le territoire, tous rassemblés au sein de la communauté du Campus mondial de la mer.
Les porteurs du projet soulignent l’importance cruciale de la protection de l’océan et la nécessité d’une coopération multilatérale et d’une diplomatie scientifique renforcée pour la préservation de ce bien commun. La France, avec son vaste territoire maritime, a une responsabilité particulière dans cet effort. La création de cet institut s’inscrit dans le cadre de la politique française de coopération multilatérale et de diplomatie scientifique, et pourrait renforcer le rôle central de la France en matière de politique des océans et de recherche océanographique au sein des instances internationales. Un tel institut faciliterait la coopération avec la Commission Océanographique Intergouvernementale de l’UNESCO dans le cadre de la Décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques au service du développement durable. Ce projet répondrait également aux obligations de la France en termes de partage des connaissances et de renforcement des capacités, notamment vis-à-vis des pays dits du Sud.
Le gouvernement a exprimé une position prudente quant au financement du projet dans le contexte budgétaire actuel. Thani Mohamed Soilihi, ministre délégué chargé de la Francophonie et des partenariats internationaux, a indiqué que si le gouvernement ne pouvait donner une suite favorable immédiate à cette proposition de résolution, l’État continuerait à expertiser la possibilité d’installation d’un institut océanique de l’UNU.
Sur le plan financier, le projet est estimé à 37 millions d’euros, un investissement de base qui serait placé dans un fonds de dotation de l’ONU. Les intérêts de ce fonds, estimés à environ 1,75 million d’euros par an, assureraient le fonctionnement de l’institut sur le long terme. L’objectif serait également de générer des recettes complémentaires par le biais de financements de projets de recherche.
Malgré les réserves gouvernementales, les porteurs du projet restent optimistes et déterminés à poursuivre leurs efforts. La tenue en juin 2025 de la Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC 3) à Nice représente une opportunité unique pour la France de s’engager concrètement en faveur de la création de cet institut. Une délégation de parlementaires a d’ailleurs rencontré des conseillers du cabinet du ministre de l’Europe et des Affaires Étrangères le 3 avril 2025 pour présenter plus en détail le projet.
L’adoption de cette résolution par l’Assemblée nationale constitue un signal fort et une étape cruciale pour la concrétisation de ce projet d’institut « Océan » de l’UNU en France. L’UBO et l’ensemble des partenaires restent pleinement mobilisés pour convaincre le gouvernement de traduire cet engagement politique en un financement pérenne, afin de renforcer la position de la France comme acteur majeur de la recherche et de la politique des océans sur la scène internationale.
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Prochaines étapes : les efforts se concentrent désormais sur la mobilisation des différentes sources de financement potentielles et sur la poursuite du dialogue avec le gouvernement dans la perspective de l’UNOC 3 à Nice. Ce projet représente une opportunité unique de renforcer la coopération internationale dans le domaine des sciences océaniques et de contribuer à la réalisation de l’Objectif de Développement Durable 14 des Nations Unies, relatif à la conservation et à l’exploitation durable des océans, des mers et des ressources marines.
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